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1. Le suicide
chez les adolescents
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Quels sont les facteurs associés au suicide chez les adolescents ?

 

» » 3.3- Les troubles mentaux

Les recherches montrent que les adolescents qui souffrent de troubles mentaux sont beaucoup plus à risque de suicide et on retrouve souvent la présence de plusieurs troubles mentaux simultanés chez ceux décédés par suicide. Les manifestations de ces troubles mentaux chez les adolescents sont souvent atypiques et se présentent sous des formes inattendues qui rendent leur diagnostic plus difficile (par exemple, des symptômes d’irritabilité, de colère peuvent masquer un trouble dépressif). De plus, ces troubles mentaux sont entremêlés avec des difficultés relationnelles et ils surviennent souvent dans le contexte d’un ensemble complexe de difficultés de vie et d’événements stressants.

  • Environ 90 % des adolescents qui se suicident présenteraient au moins un trouble psychiatrique majeur;
  • la présence d’un trouble mental augmenterait d’au moins 25 fois le risque de suicide chez les adolescents;
  • le risque associé à la présence d’un trouble mental serait moins élevé chez les plus jeunes;
  • la présence de troubles psychiatriques chez les adolescents suicidés augmenterait avec l’âge (Brent et al., 1999).

 

» 3.3.1 Les troubles mentaux les plus en cause dans le suicide chez les adolescents

Selon les recherches, trois principaux groupes de troubles mentaux sont en cause dans le suicide chez les adolescents: les troubles de l’humeur, les troubles d’abus ou de dépendance aux drogues et à l’alcool et les troubles des conduites. Ces troubles se présentent souvent dans le contexte d’une comorbidité, c’est-à-dire qu’ils sont présents simultanément et leur association au suicide et aux comportements suicidaires varie selon l’âge et le sexe des adolescents. En plus de la dépendance et de l’abus de substances, il est très fréquent que l’on retrouve chez les adolescents décédés par suicide une intoxication aux drogues ou à l’alcool; l’intoxication pourrait agir comme facteur précipitant le suicide. En plus de ces principales catégories de troubles mentaux, les recherches montrent que les troubles anxieux sont aussi associés à un risque accru de suicide et de comportements suicidaires.

 

3.3.1.1 Les troubles de l’humeur

Définition (tiré de Chagnon, Houle et Renaud, 2002)

Qu’est-ce que les troubles de l’humeur?

La principale caractéristique de ces troubles est une perturbation de l’humeur. Le trouble de l’humeur le plus fréquemment lié au suicide est le trouble dépressif majeur.


Qu’est-ce qu’un épisode dépressif majeur?
Au sens psychiatrique, un épisode dépressif majeur se caractérise par une humeur dépressive ou une perte d’intérêt ou de plaisir envers presque toutes les activités, persistant pendant au moins deux semaines consécutives. Chez l’enfant ou l’adolescent, l’humeur peut être plus irritable que triste. La personne doit aussi présenter au moins quatre symptômes supplémentaires, compris dans la liste suivante:

  • réduction de l’énergie;
  • sentiment de dévalorisation ou de culpabilité;
  • difficultés à penser, à se concentrer ou à prendre des décisions;
  • pensées de mort récurrentes, idées suicidaires, plans ou tentatives de suicide;
  • perturbation du sommeil;
  • perte ou gain de poids significatif ou perturbation de l’appétit;
  • agitation ou ralentissement psychomoteur.

Les symptômes doivent être présents presque tous les jours et entraîner une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, scolaire ou dans d’autres domaines importants. Lors d’épisodes moins sévères, le fonctionnement de certaines personnes peut paraître normal au prix d’efforts notablement accrus.

 

Prévalence

Les troubles de l’humeur sont:
Général
  • les désordres psychiatriques les plus fréquents chez les adolescents qui se suicident, ils sont présents chez 43 % (Runeson et al., 1996) à 76 % (Shafii et al., 1988) des adolescents suicidés;
Sexe
Âge

Le trouble dépressif (et la dépression majeure) est:
Général
Sexe

 


3.3.1.2 Les troubles de dépendance ou d’abus de drogues ou d’alcool

Définitions (tiré de Chagnon, Houle et Renaud, 2002)

Abus: au sens psychiatrique, le trouble d’abus de substances se définit comme un mode d’utilisation inappropriée d’une substance (alcool, haschisch, PCP, etc.) mis en évidence par des conséquences indésirables, récurrentes et significatives liées à cette utilisation répétée. On peut observer une incapacité fréquente de la personne à remplir ses obligations majeures (ex.: absences répétées de l’école, mauvaise performance, suspension de l’école), une utilisation dans des situations où cela peut être physiquement dangereux (ex.: conduite automobile sous l’influence de la substance), des problèmes judiciaires multiples (ex.: arrestations pour comportement anormal en rapport avec l’utilisation de la substance) et des problèmes sociaux ou interpersonnels récurrents (ex.: disputes, bagarres). Ces problèmes doivent survenir de manière répétée, sur une période continue de 12 mois.

Dépendance: le trouble de dépendance à une substance est caractérisé par un ensemble de symptômes cognitifs, comportementaux et physiologiques, indiquant que la personne continue à utiliser la substance malgré des problèmes significatifs qui lui sont attribués. Il existe un mode d’utilisation répétée qui conduit, en général, à la tolérance, au sevrage (différent selon le type de substance utilisée) et à un comportement de prise compulsive de la substance. L’individu ressent habituellement une sensation de «manque» ou d’envie impérieuse d’utiliser la substance. Ce trouble se développe sur une période continue de 12 mois.

Intoxication: il s’agit d’un état temporaire, réversible, dû à l’ingestion récente d’une substance (alcool, drogue, médicament). Cette ingestion provoque des changements comportementaux ou psychologiques inadaptés, cliniquement significatifs dus aux effets de la substance sur le système nerveux central et qui se développent pendant ou peu de temps après l’utilisation de ladite substance.

Prévalence

Liens entre troubles de dépendance ou d’abus de substances
et décès par suicide
Général
Sexe
Âge

L’intoxication comme facteur précipitant
des décès par suicide
Général
Sexe
  • les garçons présentent deux fois plus de problèmes d’intoxication que les filles (Brent et al., 1999) (voir tableaux 2 et 3);
Âge

Le trouble de dépendance ou d’abus de substance
comme facteur de risque des tentatives de suicide
Général
  • on a remarqué des taux de quatre à cinq fois plus élevés de troubles de dépendance ou d’abus de substances chez les sujets qui ont tenté de se suicider (Gould et al., 1998: 17 % contre 3 %; Kosky et al., 1990: 22 % contre 5 %).
Sexe
Âge
Le « binge drinking » (épisodes d’alcoolisation aiguë)

Le binge drinking réfère à un mode de consommation excessif d’alcool, sur une courte période de temps, et dont le phénomène serait en augmentation depuis les 20 dernières années, surtout chez les jeunes. Il est généralement réalisé en groupe et le but recherché est l’intoxication rapide. Dans des études récentes, les auteurs (Miller et al., 2007; Schaffer et al., 2008) ont mis en évidence un risque accru de comportements suicidaires (idéations et tentatives) associés à ce type de comportement. Ces études ont toutefois utilisé un critère très « large » de binge drinking, à savoir une consommation de 5 verres, en une seule occasion, dans un intervalle de 2 heures. On peut donc se demander si le risque serait encore plus grand en considérant une consommation plus extrême (par ex. : 10 verres en 30 minutes). De plus, on peut se questionner sur l’effet « précipitant » potentiel du binge drinking sur le passage à l’acte suicidaire chez les jeunes plus impulsifs, c’est-à-dire sur le fait que l’intoxication rapide pourrait provoquer une désinhibition qui faciliterait le passage à l’acte. D’autres études doivent être menées pour mieux comprendre ce phénomène croissant chez les jeunes.

3.3.1.3 Les troubles des conduites

Définition

Au sens psychiatrique, le trouble des conduites se définit comme un ensemble de conduites répétitives et persistantes, dans lesquelles les droits fondamentaux d’autrui sont bafoués ou les normes et règles sociales correspondant à l’âge de la personne sont transgressées (ex.: conduites agressives où des personnes sont blessées ou menacées, vandalisme, fraudes, vols, violation grave des règles établies). Ces adolescents ont tendance à minimiser leurs problèmes de comportement et même leurs parents ne sont pas toujours bien informés de ce qu'ils ont fait. Ces comportements durent habituellement depuis au moins une année et ont entraîné une altération significative du fonctionnement social, familial et scolaire. Chez les moins de 13 ans, on pourra retrouver des cas de fugues prolongées et des périodes d’école buissonnière répétées. Préalablement au développement du trouble des conduites, on note fréquemment la présence d’un trouble de l’hyperactivité. Souvent, on trouve aussi ce même type de problématique ainsi que des troubles d’abus de substances chez les parents de ces adolescents (tiré de Chagnon, Houle et Renaud, 2002).

Prévalence

Les troubles des conduites sont:
Général
Sexe

 

3.3.1.4 Les troubles anxieux

Définition

L’anxiété se définit comme un état permanent de désarroi, de sensation paralysante, de péril imminent et indéterminé. Sous le vocable des troubles anxieux se regroupent différents désordres dont les phobies, le trouble obsessionnel-compulsif, l’état de stress post-traumatique, l’anxiété généralisée, le trouble panique avec ou sans agoraphobie, etc. (tiré de Chagnon, Houle et Renaud, 2002).

Prévalence

Les troubles anxieux:
Général
  • sont présents chez environ 27 % des adolescents décédés par suicide selon l’étude de Shaffer et al. (1996);

  • sont présents chez 40 % des adolescents ayant eu des idéations suicidaires et 57 % des adolescents ayant tenté de se suicider selon l’étude de Gould et al. (1998);
  • de plus, les attaques de panique pourraient augmenter de 2 à 3 fois le risque d’idéations et de tentatives suicidaires (Gould et al. (1998); Pilowski et a., 1999)
Sexe

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» 3.3.2 La comorbidité des troubles mentaux

La comorbidité se définit comme la coexistence de deux ou de plusieurs troubles de santé mentale qui affectent simultanément une personne. La concomitance entre les troubles de l’humeur, les troubles de dépendance ou d’abus de substances et les troubles des conduites est souvent rapportée dans les études sur les adolescents décédés par suicide.

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» 3.3.3 Relation temporelle entre troubles mentaux et suicide

Certaines études (Apter et al., 1995; Brent et al., 1993; Runeson et al., 1996) ont permis d’identifier deux types de processus suicidaires liés à des troubles mentaux de nature différentes (voir Figure 2).

  • Un premier parcours rapide découlerait souvent d’un premier épisode de dépression majeure et dans lequel le suicide se produit souvent de manière subite, dans les 3 à 6 mois après l’apparition du trouble dépressif d’après certaines études (Brent et al., 1993; Runeson et al., 1996). Selon cette trajectoire, la détérioration rapide de l’état mental, la souffrance et le désespoir combinés à des événements précipitants suicidaires pourraient mener à la tentative de suicide.

  • Un second processus découlerait de la présence à long terme de troubles mentaux souvent extériorisés tels que les troubles de conduites, l’abus ou la dépendance à l’alcool et des difficultés de vie chroniques (Brent et al., 1993). Selon cette trajectoire, l’aggravation graduelle de la condition mentale et des événements de vie prédisposerait au suicide en augmentant peu à peu la souffrance et le désespoir à tel point que la présence éventuelle de facteurs précipitants, l’impasse et l’absence de solution pourrait mener à la tentative de suicide ou au suicide.

  • Dans les deux cas, des interventions et des traitements pourraient freiner la trajectoire suicidaire. Il est aussi possible que des comportements impulsifs ou dangereux, fréquents chez les adolescents qui ont des troubles extériorisés, puissent résulter en des suicides accidentels. Il s’agit ici d’hypothèses cliniques qui devront être confirmées par des recherches ultérieures.

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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008