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1. Le suicide
chez les adolescents
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Quels sont les facteurs associés au suicide chez les adolescents ?

» » 3.4- Les mécanismes d’adaptation

Définition

Le concept de coping, communément traduit par «mécanismes d’adaptation», réfère à des comportements ou cognitions déployés par une personne afin d’utiliser ses ressources personnelles ou celles de son environnement, et ce, dans le but de s’adapter à des situations stressantes et d’en diminuer leurs impacts négatifs. Le rationnel étant que des événements stressants comparables ont des impacts différents selon les personnes, et ces différences s’expliquent en partie par les mécanismes d’adaptation utilisés afin d’y faire face.

La résolution de problèmes est l’une des catégories de mécanismes d’adaptation, alors que la souplesse cognitive est une composante de la résolution de problèmes que l’on peut définir comme l’habileté à générer des solutions alternatives face à des situations problématiques.
Selon un modèle interactionnel (Patsiokas et al., 1979), les personnes qui ont peu de souplesse cognitive ou de faibles habiletés de résolution de problèmes sont moins aptes à développer des solutions alternatives efficaces afin de s’adapter lorsqu’elles sont confrontées à des événements stressants. Ces déficits dans les habiletés de résolution de problèmes, conjugués à la présence d’événements stressants et à leur vulnérabilité, augmentent le risque de suicide. Dans ce modèle, le suicide est une solution ultime pour s’adapter à l’impact des difficultés de la vie.

L’intérêt envers la rigidité cognitive est soutenu par des observations cliniques qui décrivent le manque de souplesse cognitive comme l’une des caractéristiques des personnes suicidaires. Des travaux menés auprès de populations adultes montrent que les personnes suicidaires sont moins habiles à envisager ou à utiliser de nouvelles solutions lorsqu’elles vivent un degré élevé d’événements stressants (Neuringer, 1964). Ces résultats s’accordent avec le modèle transactionnel1 vu précédemment et qui suggère que les suicidaires ont moins de souplesse cognitive et présentent des déficits dans leurs habiletés de résolution de problèmes. Selon Shneidman (cité dans Maris et al., 1992), on observerait un mode de raisonnement dichotomique chez les suicidaires; la gamme des solutions possibles diminuerait graduellement, et éventuellement, le seul choix se poserait entre une solution magique aux difficultés de la vie et la mort (ce processus est communément appelé la vision en tunnel).

Prévalence

Dans l’ensemble, les recherches suggèrent que les adolescents ayant des idéations suicidaires, ou qui ont tenté de se suicider, utilisent des mécanismes d’adaptation différents (Asarnow, et al., 1987; Chagnon, 2007; Khan, 1987; Spirito et al., 1989a) et moins appropriés que les adolescents non suicidaires (Chagnon, 2007; Esposito et al., 2002; Piquet et al., 2003 ; Wilson et al., 1995). Ainsi, les recherches suggèrent que des déficits dans les mécanismes d’adaptation sont des facteurs de risque liés à la fois à la présence d’idéations et de comportements suicidaires. On observe aussi une relation entre des déficits dans les mécanismes d’adaptation et les troubles mentaux dont la combinaison augmenterait le risque de comportements suicidaires (Spirito et al., 1996).

Lien entre mécanismes d’adaptation et comportements suicidaires
Général Les adolescents suicidaires semblent peu habiles à gérer de façon appropriée leurs sentiments de colère et de tristesse et ils ont davantage de difficultés à envisager les conséquences de leurs actions que les adolescents non suicidaires (Khan, 1987).

Les adolescents suicidaires tendent à utiliser des mécanismes d’adaptation moins appropriés face aux événements stressants, tels que l'évitement (Evans et al., 2005), l’agression ou le blâme envers les autres (Chagnon, 2007).

Certains travaux ont montré que les adolescents suicidaires sont moins habiles à envisager ou à utiliser des nouvelles solutions lorsqu’ils vivent un degré élevé d’événements stressants (Levenson et al., 1971; Orbach et al, 1987).

MAIS

D’autres travaux plus récents montrent que la différence entre adolescents suicidaires et non suicidaires se trouve davantage dans l’inadéquation des solutions envisagées pour s’adapter aux événements (Chagnon, 2007; Wilson et al., 1995; Piquet et al., 2003). Cette inadéquation des solutions n’est pas nécessairement une caractéristique stable chez les adolescents et pourrait être davantage liée au contexte de la crise suicidaire (Chagnon, 2007).

Outre le fait que des mécanismes d’adaptation moins appropriés soient un facteur de risque des comportements suicidaires, les recherches suggèrent que de bons mécanismes d’adaptation et le soutien social peuvent avoir un effet protecteur face à l’impact d’événements graves sur la présence d’idéations suicidaires ou de comportements suicidaires (Clum et al., 1994; Esposito et al., 2002; Sadowsky et al., 1993). De manière générale, les recherches rapportent aussi un effet modérateur du soutien social et des mécanismes d’adaptation face aux impacts négatifs des événements stressants sur le bien-être et le développement des adolescents (Compas et al., 2004; Compas et al., 1995; Masten et al., 1999). Ces recherches suggèrent que des stratégies visant à développer les facteurs de protection chez les adolescents soient un élément important à inclure dans les actions en prévention du suicide.

De manière générale, les études soutiennent l’hypothèse selon laquelle les adolescents suicidaires ont des mécanismes d’adaptation moins appropriés et seraient moins habiles à s’adapter aux événements stressants que les adolescents non suicidaires. Ces résultats induisent la pertinence de développer des programmes visant à améliorer les mécanismes d’adaptation chez les adolescents afin de contribuer à la prévention du suicide.

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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008