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1. Le suicide
chez les adolescents
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Les tentatives de suicide et les décès par suicide

» » 4.3- L’intentionnalité et la létalité des tentatives antérieures sont-elles de bons indices pour évaluer le risque de décès par suicide?

  • Entre 1 % et 5 % des adolescents ayant fait une tentative de suicide décèderont par suicide;
  • il est donc important de pouvoir évaluer le risque suicidaire des adolescents ayant déjà fait une tentative;
  • intentionnalité et létalité sont deux éléments de la tentative de suicide qui ont été étudiés en rapport avec la récidive.

Létalité

La létalité réfère à la dangerosité de la méthode utilisée dans la tentative de suicide pour la vie de la personne. Lorsque l’on parle de létalité des moyens, on réfère généralement à leur capacité d’entraîner la mort, et selon une étude de d'Elnour et Harrison (2008), la probabilité de causer la mort de chacune des méthodes de suicide se répartit comme suit :

Arme à feu 90 %
Pendaison/asphyxie 83 %
Noyade 80 %
Saut devant un objet en mouvement 79 %
Gaz et leur émanations 62 %
Saut d'un lieu élevé 60 %
Accident de véhicule 32 %
Instruments tranchants 3 %
Médicaments, drogues et poisons 2 %

Contrairement à l’adulte, létalité et intentionnalité ne vont pas toujours de paire chez l’adolescent. La létalité de la méthode envisagée ou utilisée afin de commettre un suicide n’est pas toujours correctement évaluée par l’adolescent En effet, il arrive que des jeunes utilisent des moyens relativement peu dangereux pour tenter de se suicider, tout en croyant que ces moyens vont les mener à une mort certaine. Par exemple, certains jeunes prendront quelques comprimés d’analgésiques en ayant la ferme intention de mourir, alors que d’autres tenteront de se pendre en souhaitant alerter leur entourage et recevoir de l’aide. Ainsi, il serait dangereux de juger de la sévérité d’une tentative de suicide en se basant uniquement sur la dangerosité du moyen utilisé. En fait, les études montrent que l’intentionnalité serait un meilleur prédicteur que la létalité (Beck et al., 1989; Ekeberg et al., 1994; Hjelmeland, 1996; Kotila, 1992; Lönnqvist et al., 1991 contre De Moore et al., 1996).

L'évaluation du risque de décès par suicide sur la stricte base de la létalité de la tentative peut se révéler inexacte et, par conséquent, dangereuse.


Intentionnalité

L’intentionnalité réfère au désir de mourir de la personne. En général, l’intentionnalité est mesurée en combinant l’évaluation subjective que le jeune fait de son désir de mourir et l’évaluation plus objective, faite par le clinicien ou le chercheur, des circonstances qui ont entouré le passage à l’acte (par exemple, si le jeune avait pris des précautions pour ne pas être secouru et s’il était seul au moment du passage à l’acte).

Cette évaluation plus objective contribue probablement à faire de l’intentionnalité un indice plus sensible du risque de décès par suicide (Beck et al., 1989; Ekeberg et al., 1994; Hjelmeland, 1996; Kotila, 1992; Lönnqvist et al., 1991 contre De Moore et al., 1996).

Le désir de mourir présent chez l'adolescent au moment de la tentative et dans les jours qui suivent est un indice important du risque de suicide.

En somme, la tentative de suicide est un facteur de risque très important de suicide, indépendamment de son intentionnalité et de sa létalité. L’évaluation de l’intentionnalité et de la létalité de la tentative de suicide devrait toutefois tenir compte de l’état mental du jeune et des indices de psychopathologie (troubles de l’humeur, troubles de dépendance ou d’abus de substances, troubles des conduites). Il faut rester prudent dans l’utilisation de l’intentionnalité et de la létalité comme indices prédictifs. Des données de recherche supplémentaires sont nécessaires pour pouvoir se prononcer clairement sur cette question.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008