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2. Le suicide
chez les hommes
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Qu’est-ce qui pourrait expliquer que les hommes se suicident plus que les femmes?

» » 2.1- 1re explication possible : Les hommes utilisent des moyens plus létaux.

D’après cette hypothèse, la différence dans les taux de suicide des hommes et des femmes s’expliquerait par la différence dans les chances de survie par rapport aux méthodes utilisées.


Définition de la létalité des moyens

Lorsque l’on parle de létalité des moyens, on réfère généralement à leur capacité d’entraîner la mort, et selon une étude d'Elnour et Harisson (2008), la probabilité de causer la mort de chacune des méthodes de suicide se répartit comme suit :

 

Arme à feu 90 %
Pendaison/asphyxie 83 %
Noyade 80 %
Saut devant un objet en mouvement 79 %
Gaz et leur émanations 62 %
Saut d'un lieu élevé 60 %
Accident de véhicule 32 %
Instruments tranchants 3 %
Médicaments, drogues et poisons 2 %

 


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Justifications proposées

Certaines explications sont proposées quant au pourquoi de l’utilisation de moyens létaux par les hommes pour s’enlever la vie, bien que celles-ci ne soient pas ou peu vérifiées empiriquement :

L’accessibilité et la familiarité
L’acceptabilité de la méthode
  • Deux études suggèrent que l’arme à feu serait une méthode de suicide plus acceptable pour les hommes, alors que les médicaments et les poisons le seraient plus pour les femmes (Lester, 1988; Marks, 1977). L’acceptabilité de la méthode pourrait donc jouer un rôle dans le choix du moyen utilisé pour se suicider, et donc dans l’issue fatale ou non du geste.
Désir de mourir

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Preuves empiriques

Si cette hypothèse était confirmée, cela signifierait que les hommes utilisent plus souvent l’arme à feu, le monoxyde de carbone ou la pendaison que les femmes. Toutefois, les résultats de recherche ne permettent pas de tirer des conclusions claires puisque :

  • Pour la période de 2004 à 2006, 80,7 % des hommes québécois décédés par suicide ont utilisé l’une des quatre méthodes les plus létales (arme à feu, pendaison, monoxyde de carbone ou noyade) comparativement à 54,5 % des femmes (voir Tableau 1);

MAIS

ET

  • Le taux de suicide des Américaines demeure stable depuis de nombreuses années, malgré une utilisation accrue de l’arme à feu comme méthode de suicide (Canetto et al., 1998; Murphy, 1998).

    Au Québec, le taux de suicide des femmes a connu peu de variation entre 1987 et 1998 malgré une augmentation de plus de 50 % des suicides par pendaison et une diminution de 43,5 % de l’utilisation de substances pour s’enlever la vie. On note aussi que, dans les dernières années, les décès par ingestion de substances ont quelque peu augmenté, tandis que l’utilisation de l’arme à feu par les femmes est 3 fois moins fréquente (Gagné et St-Laurent, 2009).

DE PLUS

  • En ce qui concerne l’hypothèse selon laquelle la différence dans les taux de suicide pourrait s’expliquer par le fait que les hommes auraient une intention suicidaire plus forte que les femmes et qu’ils choisiraient des moyens plus létaux, une étude par autopsie psychologique a révélé que les femmes qui se sont suicidées avaient utilisé des moyens moins létaux que les hommes, mais que leur intention suicidaire était aussi élevée (Denning et al., 2000). Une autre étude rejette cette hypothèse, mais avec des résultats quelque peu différents : même si les hommes ont démontré une intentionnalité plus élevée, il n’y avait aucune différence de genre dans la létalité du moyen utilisé (Nordentoft et Branner, 2008).
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Nuances sur le plan de l'intervention

Ce n’est pas parce que le moyen n’est pas létal que la personne n’a pas besoin d’aide rapidement et parfois même dans l’immédiat;

  • par exemple, si la personne dit qu’elle a mangé du beurre d’arachide, ce qui peut paraître tout à fait anodin, mais qu’elle y est allergique;

  • autre exemple, si la personne dit s’être fait une entaille au bras, ce qui peut paraître non urgent, mais qu’elle est en réalité hémophile (maladie congénitale caractérisée par un retard ou une absence de coagulation du sang et dans laquelle la moindre blessure peut causer une hémorragie importante).

Il faut demeurer prudent avec le fait que les hommes puissent avoir une intention suicidaire plus forte puisque :

  • il s’agit d’une généralité et donc certaines femmes peuvent avoir une intention suicidaire plus forte que certains hommes;

  • toute intention suicidaire doit être prise au sérieux et évaluée par l’intervenant, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme.
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Conclusion

En conclusion, l’incidence plus élevée de décès par suicide chez les hommes peut s’expliquer en partie par le fait que ces derniers utilisent plus de moyens létaux que les femmes. Ce choix plus fréquent de méthodes létales peut, quant à lui, s’expliquer par leur plus grande accessibilité, leur familiarité et leur acceptabilité, et même par le fait que les hommes puissent avoir une intention suicidaire plus forte.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008