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2. Le suicide
chez les hommes
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Qu’est-ce qui pourrait expliquer que les hommes se suicident plus que les femmes?


» » 2.5- 5e explication possible : Les hommes sont moins portés à demander de l’aide.

D’après cette hypothèse, la différence dans les taux de suicide des hommes et des femmes s’expliquerait par le fait que les hommes sont plus réticents à demander de l’aide à leur famille, à leurs amis et aux professionnels de la santé, ce qui contribuerait à l’aggravation de leurs problèmes psychologiques et ainsi à une plus grande vulnérabilité au suicide.


Vue d'ensemble : l'utilisation des services de santé et la demande d'aide

L’utilisation des services de santé
  • les femmes consultent plus fréquemment un professionnel de la santé que les hommes (Fournier et Piché, 2000);

  • les femmes sont plus susceptibles d’utiliser les services de santé mentale que les hommes (Gallo et al., 1995).

La demande d’aide
  • les hommes sont moins nombreux que les femmes à demander de l’aide professionnelle, lorsqu’ils ont à composer avec des difficultés personnelles (Veroff, 1981);

  • les jeunes hommes sont moins nombreux que les femmes à demander de l’aide professionnelle pour un problème de santé mentale (Oliver et al., 2005)

  • les hommes demandent moins souvent de l’aide aux membres de leur entourage que les femmes (Ashton et al., 1993; Nadler et al., 1984) et auraient davantage de difficulté à demander de l’aide à leur famille et à leurs amis qu’à des ressources professionnelles (Oliver et al., 1999; Rickwood et al., 1994).


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Les preuves empiriques : l'utilisation des services de santé et la demande d'aide chez les hommes suicidaires

Si cette hypothèse était confirmée, cela signifierait que les hommes qui présentent des comportements suicidaires utilisent moins les services de santé et les ressources d’aide que les femmes et qu’ils demandent moins facilement de l’aide. Les résultats de recherche confirment cette hypothèse puisque :

  • Les hommes qui rapportent avoir eu des idéations suicidaires ou avoir tenté de se suicider au cours des 12 derniers mois sont deux fois moins susceptibles d’utiliser les services de santé mentale que les femmes (Pirkis et al., 2001), et parmi les gens qui ont fait une tentative de suicide, les hommes sont significativement moins nombreux à avoir reçu des services de santé professionnels à la suite de leur tentative (Suominen et al., 2002).

  • De plus, en ce qui concerne la demande d’aide, bien qu’une étude ne semble détecter aucune différence de genre dans l’intention de demander de l’aide auprès d’étudiants avec idéations suicidaires (Deane et al., 2001), une autre étude réalisée auprès de jeunes adultes a démontré que les femmes ont effectivement demandé plus souvent de l’aide que les jeunes hommes qui ont des idéations suicidaires (Biddle et al., 2004). Ces résultats soulèvent toutefois la question de la différence entre l’attitude et le comportement, c’est-à-dire qu’il peut y avoir une différence importante entre ce que l’on prétend et les gestes posés ultérieurement.

  • Des études qui comparent les hommes non suicidaires à ceux qui ont fait une tentative de suicide amènent un appui supplémentaire à cette hypothèse puisque :

    • Parmi un échantillon de patients en psychiatrie, ceux qui ont fait une tentative de suicide utilisent moins la recherche d’aide que ceux qui n’en ont pas fait (Botsis et al., 1994);
    • Les hommes qui ont fait une tentative sont moins nombreux à s’être confiés à une personne de l’entourage à la suite d’un événement difficile, ce qui est associé à un risque 6 fois plus élevé de faire une tentative de suicide (Houle, 2005).
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Nuances sur le plan de l'intervention

Selon Dulac (1997), la demande d’aide se définit comme « toute communication à propos d’un problème ou d’un événement préoccupant visant à obtenir du soutien, des avis ou de l’assistance en cas de détresse. La demande d’aide inclut des discussions sur un problème et des demandes explicites d’aide, qu’elles soient adressées à des amis, des membres de la famille, des voisins ou des professionnels ».

On peut se questionner sur la nature de la différence hommes-femmes dans la demande d’aide. Les hommes ont peut-être une manière différente de demander de l’aide (ex. : consultation pour un mal de dos ou de la fatigue, comportement agressif), méthode moins directe et moins facilement repérable que celle des femmes (ex. : expression d’émotions de tristesse, d’impuissance, pleurs, etc.). Il faut donc demeurer vigilants et alertes, et investiguer au-delà de la raison initiale de la consultation, par exemple.

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Conclusion

En conclusion, il semble assez bien établi que les hommes demandent moins d’aide que les femmes. Toutefois, leur réticence à demander de l’aide comme facteur de risque des comportements suicidaires et comme explication du plus haut taux de suicide chez eux demeure à être validée en raison de la petite taille des échantillons utilisés dans les études jusqu’à maintenant. Les hommes pourraient exprimer différemment et de manière moins directe leur besoin d’aide que les femmes, ce qui devrait être pris en compte dans l’intervention.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008