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3. Troubles mentaux
et suicide

PARTIE 1: Qu'est-ce qu'un trouble mental?
PARTIE 2: Les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide et de tentatives de suicide?
PARTIE 3: Pourquoi les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide?
PARTIE 4: Les implications pour la pratique
Bibliographie
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Pourquoi les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide?

» » 3.1- 1re hypothèse : Les troubles mentaux comme cause du suicide

La première hypothèse suggère que le trouble mental serait une cause directe du suicide. Pour prouver cette hypothèse, il faudrait établir un lien de cause à effet entre le trouble mental et le suicide, c’est-à-dire démontrer que le trouble mental était présent avant le début des idées suicidaires et établir que c’est le trouble mental en soi et non d’autres facteurs qui cause le suicide.

Exemple Dans le cas d'une personne souffrant de schizophrénie qui se jette en bas d’un pont pendant une phase délirante où elle croit qu’elle s’envolera lors de la chute, on pourrait conclure que le trouble mental est une cause directe du suicide dans la mesure où:
  • le trouble mental se révèlerait être la cause de l’état de délire
et
  • le délire serait la cause de la chute .
Preuves empiriques Cepedant, de tels cas sont très rares:
  • on estime qu’environ 9 à 12 % des personnes qui souffrent d’une schizophrénie décéderont éventuellement par suicide (Meltzer, 1999);


  • parmi ces suicides, seuls 10 % surviendraient dans le contexte d’un état mental altéré par des hallucinations (Fenton, 1997; Heilä et al., 1997);


  • et même dans le cas de suicide se produisant pendant une période de délire, des événements stressants tels que des conflits relationnels sont souvent en cause dans le délire et pourraient être un facteur précipitant du suicide.

Le paradoxe de la relation entre trouble mental et suicide
La grande majorité des personnes décédées par suicide souffraient d’un trouble mental (au sens du DSM-IV)

MAIS

ce n’est qu’une très petite minorité des personnes qui souffrent de troubles mentaux qui vont éventuellement décéder par suicide.
  • par exemple, moins de 4 % des personnes qui souffrent d’une dépression majeure décèderont éventuellement par suicide (Blair-Waist et al. 1999);


  • les recherches qui examinent la trajectoire de vie des personnes décédées par suicide montrent qu’il existe une relation complexe entre les troubles mentaux, les événements de vie et le suicide (Appleby et al. 1999; Beautrais, 2003; Cavanagh et al., 2003; Cooper et al., 2002);


  • même en présence de graves troubles mentaux, les événements de vie négatifs et les effets des symptômes des personnes sur leur fonctionnement général et sur leur qualité de vie ont un impact très important sur le suicide (Fenton, 1997; Kaplan et al., 1996, 1999; Mann et al., 1999)


  • selon le modèle diathésique stress et suicide de Mann et al. (1999), le suicide est déterminé par les conséquences objectives des troubles mentaux, mais aussi par l’expérience subjective de l'impact des symptômes de ces troubles en combinaison avec les événements de vie et les traits de personnalité qui interagissent de façon complexe et mènent éventuellement au désespoir et au suicide.

En somme, l’hypothèse selon laquelle le trouble mental serait une cause directe du suicide n’est pas soutenue par les recherches, sauf dans certains cas peu fréquents. Il nous faut chercher une explication plus complexe de la relation entre le trouble mental et le suicide, autre que celle d’un lien de cause à effet.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008