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3. Troubles mentaux
et suicide

PARTIE 1: Qu'est-ce qu'un trouble mental?
PARTIE 2: Les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide et de tentatives de suicide?
PARTIE 3: Pourquoi les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide?
PARTIE 4: Les implications pour la pratique
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Pourquoi les personnes qui souffrent d’un trouble mental sont-elles plus à risque de suicide?

» » 3.3- 3e hypothèse : Le suicide comme effet indirect de la complication du trouble mental

Tout en considérant que les troubles mentaux et le suicide seraient des phénomènes différents, bien qu’étroitement liés dans leurs causes communes, la complication du trouble mental pourrait mener indirectement au suicide en augmentant la vulnérabilité des personnes et leur souffrance (voir Figure 3).

Figure 3 . Hypothèse du suicide comme effet indirect de la complication du trouble mental.

Explication de la Figure 3

A. Des événements de vie négatifs et des facteurs de vulnérabilité (sur le plan des caractéristiques des individus et de leur entourage) pourraient être des facteurs contribuants des troubles mentaux, tout en pouvant également augmenter le risque de suicide et de comportements suicidaires.

B. Les troubles mentaux pourraient ajouter au désespoir et à la souffrance des personnes soit par:

(1) des biais cognitifs dans la perception des événements de vie modifiant ainsi leurs sens et exacerbant leurs conséquences;

(2) le fardeau dû au stigma de la maladie mentale et aux événements secondaires (impacts) qui en découlent, par exemple la perte d’emploi ou l’isolement social;

(3) les complications liées à un traitement inapproprié ou insuffisant des troubles mentaux.

C. La complication du trouble mental à la suite des biais cognitifs qui l’accompagne, le stigma lié à la maladie et les traitements inappropriés des personnes atteintes d’une maladie mentale pourraient augmenter leur vulnérabilité et éventuellement accroître le risque de suicide.



Rationnel

Complication du trouble mental par les biais cognitifs
  • Les troubles mentaux sévères peuvent s’accompagner de biais cognitifs importants qui affectent la perception des événements.

  • C’est le cas notamment de la dépression majeure où une mauvaise perception des événements et une instabilité de l’humeur peuvent causer une grande souffrance affective et perturber la relation entre la personne et son environnement parce qu'elle n’arrive plus à exercer des tâches simples du quotidien, à prendre des décisions appropriées et à maintenir sa fonctionnalité.
Complication
du trouble par
le stigma lié
à la maladie
mentale
  • Dans les sociétés industrialisées, l’un des impacts les plus importants de la maladie mentale est le stigma rattaché aux personnes qui en sont atteintes.

  • La culture de compétition, l’importance associée à la productivité et la réussite sociale rendent l’échec personnel encore plus humiliant et font en sorte que la personne atteinte d’un trouble mental, qui affecte son fonctionnement mental et affectif, est rapidement marginalisée et ne trouve plus sa place dans notre société.

  • Cette mise à l’écart peut provenir tant de la famille, de l’entourage ou de la société (Mishara et Tousignant, 2004).

  • Les impacts de la maladie mentale pourraient affecter davantage les hommes puisque, en raison de leur adhésion à un rôle social masculin traditionnel, ils seraient davantage affectés par le stigma rattaché à la perte de productivité lié à la maladie mentale et moins enclins à demander de l’aide que les femmes (Houle, 2005).
Complication
du trouble et intervention inappropriée/
insuffisante
  • La complication du trouble mental peut prendre différentes formes (ex.: problèmes financiers, difficultés relationnelles, abus de drogues et d’alcool, non-Adhérence au traitement pharmacologique) et rendre très difficile le suivi des personnes suicidaires qui souffrent de tels troubles. Un pourcentage important de personnes décèdent par suicide, même si elles ont consulté un médecin au cours des semaines ou des mois avant leur suicide (Pirkis et Burgess, 1998). La complexité de l’évolution des troubles mentaux et du risque suicidaire exige une intervention concertée entre plusieurs groupes d’intervenants afin de prévenir le suicide.



Preuves empiriques

Complication du trouble mental par les biais cognitifs
Complication du trouble mental par les vulnérabilités génétiques
  • Les recherches établissent de façon de plus en plus précise le lien entre des déterminants génétiques et des prédispositions de la personnalité, notamment l’agressivité et l’impulsivité, qui peuvent augmenter la vulnérabilité des personnes aux troubles mentaux (Äsberg et al. 1986; Nordström et al. 1994; Lindstrom et al. 2004). La complication des événements de vie et des troubles mentaux en combinaison avec de telles vulnérabilités génétiques pourrait augmenter le risque de suicide. Par exemple, des études montrent que l’impulsivité serait plus élevée chez les personnes ayant une consommation abusive d’alcool. La prédisposition à l’impulsivité pourrait expliquer en partie la non-collaboration des patients qui ont des troubles mentaux à leur traitement et, en combinaison avec l’abus de substances, augmenter le risque de suicide de ces personnes, notamment celles qui souffrent de troubles mentaux graves tels que les troubles bipolaires (Conner et al. 2004; Michaelis et al. 2004; Swann et al. 2004).
Complication du trouble par le stigma lié à la maladie mentale
  • Les hommes se suicident davantage dans nos sociétés bien que la dépression majeure, qui est le trouble mental le plus fortement associé au suicide, soit de 1,5 à 2 fois plus fréquente chez les femmes (Robins et al., 1991).

  • Chez les personnes souffrant d’une schizophrénie, on observe toutefois que le risque de suicide est beaucoup plus élevé chez les hommes (Rossau et al., 1997).

  • Il est possible que le stigma lié au trouble mental et la perte de productivité qu’elle peut entraîner dans notre société nord-américaine causent plus de détresse aux hommes qu’aux femmes.
Complication du trouble et insuffisance de l’intervention
  • Une proportion importante de personnes décédées par suicide ont consulté ou ont reçu un traitement avant leur décès (Pirkis et Burgess, 1998):

    • jusqu’à 41 % des personnes décédées par suicide ont été admises dans des unités de soins psychiatriques durant l’année précédant leur suicide;
    • plus de 9 % de ces personnes se seraient suicidées dans la journée suivant la fin de leur hospitalisation (cette donnée doit cependant être interprétée avec prudence puisque certaines études peuvent inclure des patients qui étaient toujours admis);
    • de 16 à 48 % des suicidés ont consulté un médecin généraliste au cours de la semaine précédant leur suicide;
    • les femmes décédées par suicide seraient plus nombreuses à avoir été en contact avec des services de santé mentale, alors que les hommes seraient plus nombreux à avoir consulté un médecin généraliste.

  • La difficulté à prévenir le suicide même chez les personnes qui consultent des services médicaux.

  • Les patients les plus à risque de suicide sont souvent peu conciliants au traitement en raison de la gravité de leur état mental et de leur condition de vie souvent très complexe (Foster et al., 1997).

  • Certaines études trouvent que la dépression et le risque suicidaire chez les patients seraient sous-évalués par les médecins généralistes dans le cadre de leur pratique (Angst, 1990; U.S. Preventive Services Task Force, 1996), et cette difficulté serait encore plus grande lorsqu’il s’agit de patients masculins (Kessler et al., 1994; Üstün et al., 1995).


En somme, plusieurs études appuient l’hypothèse selon laquelle les complications associées aux troubles mentaux pourraient mener indirectement au suicide en augmentant la vulnérabilité des personnes et leur souffrance.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008