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4. Évaluer le potentiel
suicidaire et gérer
la crise suicidaire
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Évaluer le potentiel suicidaire

» » 1.2- Quels sont les outils de dépistage et d’évaluation clinique du risque suicidaire?

Tout d’abord, il est important de préciser la signification du mot dépistage. Le dépistage fait référence à l’utilisation de grilles et questionnaires qui devraient permettre de prédire le suicide éventuel. Ces outils sont souvent généralement administré par un professionnel ou para professionnel et ils n’ont pas tous la même valeur. Le terme dépistage est souvent utilisé pour ce qu’on devrait appeler du repérage, c’est-à-dire la reconnaissance des signes de détresse ou signes avant-coureurs du suicide.

Les grilles et questionnaires, qu’ils soient remplis par le clinicien ou la personne en crise, ne garantissent pas la prédiction d’un suicide éventuel : les outils ne doivent pas se substituer au jugement clinique (voir la partie : critique quant à la valeur prédictive des tests). Toutefois, ils permettent d’évaluer le risque suicidaire et peuvent aider le clinicien dans la prise de décision quant au plan d’intervention à adopter. Dans le cadre de cet ouvrage, nous avons décidé de présenter seulement ceux qui doivent être rempli par le clinicien et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, les questionnaires auto-administrés ne seraient pas indiqués pour les personnes présentant des symptômes d’anxiété, de dépression ou d’agitation; leur capacité de concentration et de pensée rationnelle étant réduites (Cochrane-Brink et al., 2000). Même chose pour les personnes qui sont sous l’effet de drogue ou d’alcool, qui constituent somme toutes des prédicteurs du suicide. Deuxièmement, les outils d’évaluation utilisés dans le cadre d’une entrevue en face-à-face auraient pour effet de calmer les personnes interviewées, en plus de leur utilité clinique. Les inconvénients potentiels de ces outils portent sur la longueur d’administration et au fait qu’ils requièrent une expertise clinique précise (ex. médecins, psychiatre, psychologue). De plus, certains outils ont des copyrights et doivent donc être achetés ou utilisés seulement avec la permission de l’éditeur.

Critique quant à la valeur prédictive des tests (tiré de Maris, 1992).

On dit d’un test qu’il est sensible lorsqu’il peut identifier correctement les VRAIS POSITIFS. La sensibilité d’un test se calcule à partir de l’équation suivante :

Sensibilité = image

où VP = vrais positifs (prédit qu’il y aura un suicide, suicide complété)
FN = faux négatifs (prédit qu’il n’y aura pas de suicide, suicide complété)

On dit d’un test qu’il est spécifique lorsqu’il peut identifier correctement les VRAIS NÉGATIFS. La spécificité d’un test se calcule à partir de l’équation suivante :

Spécificité = image

où VN = vrais négatifs (prédit qu’il n’y aura pas de suicide, pas de suicide complété)
FP = faux positifs (prédit qu’il y aura un suicide, pas de suicide complété)

Dans le domaine de la prévention du suicide, l’utilisation d’outils de prédiction est critiqué puisque la plupart des tests standardisés produisent un nombre plus important de FAUX POSITIFS, c’est-à-dire qu’ils prédisent plus souvent qu’une personne est suicidaire et qu’il y a de fortes chances qu’elle s’enlève la vie lorsqu’en réalité elle n’est pas suicidaire ou ne passe pas à l’acte. Toutefois, étant donné les coûts associés à la perte d’une vie humaine, et donc à la prédiction erronée d’un non-suicide lorsqu’en réalité la personne s’enlève la vie, il est préférable d’obtenir plus de FAUX POSITIFS que de FAUX NÉGATIFS. Nous conseillons donc l’utilisation des tels outils tout en demeurant conscient des limites de ceux-ci.


Plus d’une vingtaine d’instruments ont été développés dont la majorité sont en anglais, et dont plusieurs n’ont malheureusement pas encore été traduits ni validés en français. Jusqu’à maintenant, aucun de ces outils ne permet d’identifier de manière uniforme différents types de personnes suicidaires. Le choix d’un outil peut dépendre de l’âge de la personne à évaluer (enfants/adolescents/adultes), du temps dont on dispose, ainsi que de la qualité des instruments de mesure tel que révélée par ses propriétés psychométriques (fidélité, validité) (Range & Knott, 1997). Voici un aperçu des plus importants instruments et leurs particularités :

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» 1.2.1- Outils standards d'évaluation

Tableau

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» 1.2.2- Outils brefs d'évaluation du risque suicidaire
(tiré de Brown, http://www.nimh.nih.gov/suicideresearch/adultsuicide.pdf)

Tableau

Certains auteurs suggèrent que la qualité de l’évaluation du risque suicidaire ne peut dépendre des propriétés psychométriques seules de l’outil d’évaluation et que l’établissement d’une relation thérapeutique préalable serait une condition nécessaire à l’obtention d’information fiable pour évaluer le plus adéquatement possible le risque potentiel de suicide (Shea, 1999). On part donc du principe qu’une bonne relation thérapeutique favorise l’engagement et la communication de la personne à risque, ce qui augmente la validité des informations prodiguées quant à ses intentions suicidaires. Certains obstacles peuvent intervenir et doivent être surmontés dont :

  • les résistances de la personne suicidaire qui sont liées à des valeurs et croyances néfastes à la divulgation d’information sur son état (ex. considérer le suicide comme un signe de faiblesse, avoir peur du jugement d’autrui, etc.);
  • les valeurs et croyances inexplorées de l’intervenant qui peuvent interférer avec son travail thérapeutique (ex. avoir des préjugés sur les personnes suicidaires tel que le fait de croire que les personnes qui parlent de leurs idées suicidaires le font pour manipuler les autres).
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» 1.2.3- Autres outils cliniques intéressants mais dont les preuves d’efficacité sont rares ou critiquées

SAD PERSONS (Patterson et al., 1983)

Contenu :
Le nom de cet instrument est conçu pour guider le clinicien dans le cadre de son évaluation puisque chacune des lettres réfèrent à 10 facteurs de risque du suicide chez les adultes répertoriés dans la littérature où :
S = S ex (genre)
A = A ge (âge)
D = D epression (dépression)

P = P revious attempt (tentative antérieure)
E = Ethanol (alcohol abuse) (abus de drogue ou d’alcool)
R = Rational thinking loss (perte de pensée rationnelle)
S = Social support lacking (faible soutien social)
O = Organized plan for suicide (planification du suicide)
N = No spouse (sans conjoint)
S = S ickness (maladie)


Cotation
 :
Un point est donné pour chacun des facteurs de risque présents pour un maximum de 10 points.


Utilité pour l’intervention selon les auteurs du test:
(Tiré de Lester, 2000)
Cet instrument est un des seuls à être utilisé dans des situations d’urgence pour guider la décision d’hospitalisation sur la base de l’évaluation de facteurs de risque (Cochrane-Brink et al., 2000) :
Score de 3-4  = suggère un traitement de suivi
Score de 5-6 = suggère de faire un contrat de non-suicide (cliquez ici pour accéder à la section sur les contrats de non-suicide) et de considérer la possibilité d’hospitalisation
Score de 7-10 = recommande l’hospitalisation


Critiques
 :

  • Certains items sont objectifs (ex. âge, genre) tandis que d’autres sont subjectifs et requièrent un jugement clinique (ex. perte de pensée rationnelle).
  • Certains items diffèrent selon la culture et peuvent fluctuer dans le temps (ex. le genre et groupe d’âge à risque de suicide au Québec sont les hommes âgés de 30 à 49 ans tandis qu’aux États-Unis par exemple, ce serait les hommes âgées de plus de 85 ans qui seraient plus à risque de s’enlever la vie)
  • Selon Shea (1999), il peut être dangereux de se baser seulement sur les facteurs de risque comme évaluation du risque de passage à l’acte. Celui-ci a démontré à partir d’une analyse de cas que malgré le fait qu’une patiente ne présente qu’un seul des facteurs de risque du SAD PERSONS (dans ce cas-ci, il s’agit du dernier « maladie » qui se traduit par la présence de symptômes psychotiques), cette dernière était tout de même à risque élevé de passage à l’acte.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008