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4. Évaluer le potentiel
suicidaire et gérer
la crise suicidaire
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Évaluer le potentiel suicidaire

» » 1.3- Comment évalue-t-on généralement le potentiel suicidaire?

Les informations qui suivent ne sont pas basées sur des résultats de recherche mais plutôt sur leur validité apparente, c’est-à-dire sur des observations et expériences cliniques. Plusieurs centres de prévention du suicide et intervenants ont développé des outils pour évaluer le potentiel suicidaire. Tous s’entendent sur le fait que la première question à poser pour déterminer s’il y a probabilité que la personne commette un geste suicidaire à court terme est de demander à la personne:

«Pensez-vous à vous tuer?» (certains posent la question «Pensez-vous à vous suicider? » ou encore «Considérez-vous la possibilité de vous suicider? »).

Il s’agit d’une des questions les plus difficiles à poser pour beaucoup d’intervenants. La croyance selon laquelle poser une telle question peut bouleverser quelqu’un de non suicidaire est souvent nommée comme raison de ne pas le faire. Certains croient même que cela pourrait donner des idées suicidaires à une personne qui n’y avait pas encore pensé. L’expérience clinique des organismes en prévention du suicide dans plusieurs pays suggère que, contrairement à certaines attentes, le fait de poser cette question a généralement pour effet de soulager la personne suicidaire, et non pas d’augmenter le risque de passage à l’acte, puisqu’on lui offre la possibilité de parler ouvertement de suicide et d’exprimer clairement ses idéations suicidaires (Morissette, 1984). Il est possible de demander à la personne de préciser ses idées suicidaires : «À quel moment de la journée pensez-vous au suicide»? L’objectif est ici de déterminer si la personne est préoccupée, voire obsédée par des pensées suicidaires ou bien s’il s’agit d’une pensée temporaire qui occupe peu de place dans son quotidien. D’autres vont plus loin avec une autre question: «Pouvez-vous contrôler vos pensées suicidaires?» Cela peut donner une indication sur le fait que même si la personne a l’impression d’avoir le contrôle de la situation, le passage à l’acte peut se faire sans qu’elle soit capable de le contrôler.

Après avoir vérifié la présence d’idéations, il est important de vérifier le COQ (comment, où et quand), c’est à dire la présence d’une planification de suicide. La probabilité de passage à l’acte est plus élevée lorsque quelqu’un qui pense au suicide a déjà des éléments de planification. Par exemple, on pourra demander à la personne

«Avez-vous fait des plans précis pour vous tuer, vous suicider?… »

Si la personne répond oui à cette question, on lui demande des détails sur la manière dont elle envisage de se tuer:

«Comment?»,
«» et
« Quand»

Ces questions donnent une indication de la possibilité imminente de suicide ou si la personne envisage de le faire à un autre moment dans l’avenir ou même si ses pensées sont toujours très vagues. Par exemple, l’individu qui dit qu’il va prendre tant de comprimés d’un médicament est plus à risque que quelqu’un qui ne sait pas encore quoi faire, et la probabilité de passage à l’acte est encore plus élevée si la personne a de tels médicaments en sa possession. Même si l’utilisation d’une arme à feu ne fait pas partie de la planification du suicide, il est généralement conseillé de toujours vérifier l’accessibilité à une arme, particulièrement en milieu rural où elles sont généralement plus accessibles. Il est aussi possible de poser la question directement «Y a des armes à feu chez vous?» Le risque d’un décès par suicide est six fois plus élevé lorsqu’il y a des armes à feu à la maison (Dahlberg et al., 2004). Les questions ci-dessus indiquent jusqu’à quel point les projets de l’individu sont avancés et peuvent donner une indication de son échéancier (s’il en existe un) pour une tentative de suicide.

D’autres facteurs peuvent augmenter la probabilité d’un passage à l’acte suicidaire même s’ils ne portent pas sur la situation actuelle. Plus ces facteurs sont nombreux, plus la probabilité d’un décès par suicide est élevée. L’un des facteurs liés au risque de suicide est le fait d’avoir fait une tentative de suicide antérieure. On demande donc souvent:

«Avez-vous, à un moment donné de votre vie, essayé de vous tuer?»

Si oui, on demande combien de fois et ce qui s’est passé, particulièrement si la personne a été traitée par un médecin ou dans un hôpital à la suite de blessures. Certains incluent, lors de l’évaluation du potentiel suicidaire, les questions sur la consommation et l’utilisation de drogues et d’alcool. En général, l’utilisation des drogues et d’alcool augmente le potentiel suicidaire et peut augmenter la probabilité d’un passage l’acte, les drogues ou l’alcool compromettant le jugement et diminuant l’inhibition.

Les éléments mentionnés ci-dessus constituent une évaluation de base du potentiel suicidaire. Dans le cadre d’un entretien clinique ou téléphonique, certains intervenants posent d’autres questions sur l’intentionnalité de mourir. Par exemple, ils demanderaient, si la personne pense à se tuer, ce qu'elle désire le plus: mourir ou plus vivre, afin de voir jusqu’à quel point la décision semble définitive ou bien si l’ambivalence demeure. Une évaluation complète du potentiel comporte souvent une discussion sur les autres options qu’une personne peut envisager pour résoudre ses problèmes. L’hypothèse de base est que, si la personne voit le suicide comme étant la seule façon de résoudre ses problèmes, les risques sont plus élevés lorsque l’individu conçoit d’autres options.

De telles grilles sont toutefois à valider de façon empirique. De plus, ces quelques informations sur l’évaluation ne remplacent pas une formation en intervention auprès des personnes suicidaires.

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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008