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4. Évaluer le potentiel
suicidaire et gérer
la crise suicidaire
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Quels outils peuvent être utilisés pour gérer la crise suicidaire?

» » 2.3- Les cartes d'urgence

» 2.3.1- Utilité

La carte d’urgence, aussi appelée carte verte, vise à favoriser l’accessibilité aux services psychiatriques dans l’éventualité de problèmes futurs aux personnes qui ont été admises à l’hôpital à la suite d’une tentative de suicide. Le service offert peut se traduire en communication téléphonique avec un médecin à n’importe quel moment ou en l’admission immédiate à l’urgence psychiatrique sans questionnement (Morgan et al., 1993; Cotgrove et al., 1995). On part du principe que si une personne a un accès privilégié et en tout temps à de tels services, elle est plus susceptible d’y faire appel si ses idées suicidaires reviennent, ce qui peut contribuer à diminuer le nombre de passages à l’acte suicidaire

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» 2.3.2- Efficacité

Il existe très peu d’information sur la fréquence d’utilisation des cartes d’urgence et seulement trois études anglaises ont été effectuées pour déterminer l’efficacité de cet outil.

Sur la base des données de recherche, l’utilisation de la carte d’urgence a été classifiée STRATÉGIE INCERTAINE puisque les preuves et évidences actuelles ne permettent pas de se prononcer sur l’efficacité de son utilisation. Cette stratégie nécessite donc des informations supplémentaires.

Une première étude (Morgan et al., 1993) réalisée auprès de 212 adultes admis à l’hôpital suite à une tentative de suicide, et affectés aléatoirement à un des 2 groupes, démontre que ceux qui ont reçu une carte verte ainsi que le traitement standard (peut varier grandement, allant de la référence au médecin généraliste jusqu’à l’hospitalisation en psychiatrie) ont récidivé moins souvent que ceux qui ont seulement reçu le traitement standard (groupe témoin), et qu’ils ont utilisé moins souvent les services médicaux et psychiatriques. La qualité méthodologique de l’étude ne permet pas de tirer des conclusions claires quant à l’efficacité de la carte d’urgence. Les résultats obtenus n’étaient pas statistiquement significatifs lorsque seule la tentative de suicide était utilisée comme mesure de comparaison quant à l’efficacité de la carte d’urgence (5 %/11 %). Lorsque les menaces sérieuses de suicide ont été ajoutées, les 2 groupes se distinguaient (5 %/14 %). Le fait que très peu de personnes ont fait une tentative de suicide ultérieurement peut aussi expliquer cette difficulté à obtenir des données significatives selon les exigences scientifiques.

La 2e étude (Cotgrove et al., 1995) a utilisé la même méthodologie, mais cette fois-ci, appliquée à des adolescents de moins de 16 ans. La carte d’urgence agissait ici comme un passeport pour une ré-admission immédiate à l’unité pédiatrique de leur hôpital dans l’éventualité où ils auraient à nouveau des idéations suicidaires. Les résultats indiquent que 6 % (3/47) du groupe avec carte d’urgence a refait une tentative comparativement à 12 % (7/58) du groupe témoin, mais que cette différence n’est pas significative. Seulement 5 jeunes (11%) ont fait usage de la carte et aucun d’entre eux n’a refait de tentative. Encore une fois, l ’absence de résultats probants peut s’expliquer par le petit nombre de sujet ayant fait une tentative.

La 3e étude (Evans et al., 1999), réalisée avec la même méthodologie auprès de 827 adultes admis en unité psychiatrique suite à des comportements auto-destructeurs, ne révèlent aucune différence dans la récidive de tentatives de suicide entre le groupe ayant reçu le traitement standard en plus de la carte d’urgence et celui ayant reçu seulement le traitement standard. De plus, aucune différence n’est décelée entre les hommes et les femmes quant à la récidive en regard du type de traitement. Résultat très intéressant : les personnes qui ont une histoire de tentatives de suicide antérieures et qui ont reçu la carte d’urgence ont tendance à avoir récidivé davantage, alors que les personnes pour qui c’était la première tentative semblent avoir bénéficié de la carte. Ces résultats suggèrent donc que les cartes devraient être évitées pour les personnes qui font des tentatives multiples, mais offertes aux personnes qui en sont à leur première tentative. La méthodologie utilisée dans cette étude, tout comme dans celles citées ci-haut, est particulièrement rigoureuse. Les résultats doivent toutefois être obtenus auprès de grands échantillons afin de pouvoir statuer sur l’efficacité de la stratégie. Le fait que les personnes qui ont déjà fait des tentatives antérieurement, et à qui on a donné une carte d’urgence, ont davantage récidivé nous amène aussi à demeurer prudent quant à la sécurité de cette stratégie auprès de ce type de personne. Ces résultats devront toutefois être répliqués avant de pouvoir statuer clairement sur cette question.


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» 2.3.3- Recommandations

À la lumière des résultats actuels de recherche, les recommandations suivantes peuvent être faites :

  • l’ajout d’une carte donnant accès à des services psychiatriques en cas d’urgence, en plus des services standards, semble prometteur mais ne devrait pas se substituer à un traitement complet;
  • il semble y avoir contre-indication pour les personnes qui n’en sont pas à leur première tentative de suicide, cela reste cependant à être corroboré par d’autres études, et nous devons aussi mieux comprendre pourquoi les cartes d’urgence semblent moins efficaces avec ces personnes;
  • il ne semble pas y avoir de différence d’efficacité en regard du genre, il ne semble donc pas y avoir contre-indication qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme;
  • d’autres évidences sont nécessaires pour statuer de l’efficacité selon les groupes d’âge;
  • des études doivent être effectuées dans d’autres pays (autres que l’Angleterre) pour pouvoir généraliser les résultats.
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008