Accueil




6. La postvention
> ACCUEIL > Thème 6 > Partie 1 > 1.3

» » » PARTIE 1

Qu’est-ce que la postvention?

» » 1.3- Type de réactions à la suite d’un suicide

Selon les travaux de Séguin et al. (2004), trois types de réactions peuvent survenir à la suite d’un suicide: les réactions de stress, de crise et de deuil. Celles-ci peuvent différer grandement d’une personne à une autre, en fonction du type de relation qu’elle entretenait avec l’individu décédé par suicide, ainsi que de son degré de vulnérabilité.

 

» 1.3.1- Stress

Réactions de stress: des réactions normales de stress temporaire sont à observer (stupeur, choc, colère, tristesse, etc.), et sont tout à fait adaptées, compte tenu de la situation. Toutefois, certaines personnes peuvent développer des réactions de stress aigues, par exemple, celles qui ont été témoins du suicide ou qui ont trouvé le corps. Lorsque les symptômes perdurent au-delà d’un mois, il peut alors s’agir de trouble de stress post-traumatique.

retour vers le haut

 

» 1.3.2- Crise

Réactions de crise: ces réactions s’observent généralement chez les personnes déjà vulnérables dont les stratégies d’adaptation ne sont pas appropriées pour faire face à la situation actuelle et donc pour retrouver leur équilibre. L’augmentation de leur état de vulnérabilité peut donc amener un état de crise, et même de crise suicidaire.

retour vers le haut

 

» 1.3.3- Deuil

Réactions de deuil: chez ceux qui avaient un lien d’attachement avec la personne décédée (parents, enfants, fratrie, conjoints, amis, etc.), des réactions normales de deuil (choc, déni, colère, impuissance, tristesse, recherche de sens, etc.) sont à observer. Toutefois, lorsque ces réactions perdurent ou lorsque que la personne était déjà dans un état de vulnérabilité, il peut y avoir risque de deuil compliqué et même risque suicidaire accru.


Le deuil par suicide est-il différent d’un deuil par autre cause de décès?
Les similarités

En général, le deuil consiste en une période de sevrage de la relation qui nous unissait avec la personne décédée; il s’agit d’une réaction normale à l’expérience traumatisante qu’est la perte d’un être cher (Hanus, 2004). Pour mieux comprendre comment les gens réagissent et vivent cette période difficile, on réfère souvent aux travaux de Bowlby dont s’inspire le modèle suivant qui décrit les étapes du processus de deuil (Gratton, 1999):

Étapes Description
L’engourdissement Juste après le décès, l’endeuillé est en phase de déséquilibre, de choc. Il vit un engourdissement émotif.
La protestation Il y a reconnaissance cognitive de la perte, la personne proteste contre l’événement, pleure.
La désorganisation L’endeuillé réalise le caractère permanent de la perte, vit de la colère, de la rage, de l’anxiété, de l’impuissance et, parfois, de la dépression. La personnalité de l’endeuillé se désorganise, il doit se redéfinir et redéfinir sa vie sans la personne décédée.
La réorganisation L’endeuillé accepte peu à peu la perte, se réajuste à l’environnement, retrouve de l’intérêt pour reformer de nouvelles relations, son image de soi se modifie pour permettre de nouveaux attachements.

Toutefois, il faut demeurer prudent avec de telles catégorisations puisque (Gratton, 1999):

  • Elles ne sont jamais aussi circonscrites dans la réalité.
  • Les étapes ne sont certainement pas vécues de la même manière par toutes les personnes endeuillées.


Les différences

Étant donné le caractère particulier de la perte d’un proche par suicide, n’est-il pas légitime de penser qu’un tel deuil soit différent de celui de la perte d’un être cher des suites d’un autre type de décès?

Pour certains auteurs, la spécificité du deuil par suicide est remise en cause puisqu’il y aurait plus de similarités que de différences avec d’autres deuils (accidents, maladie). Ce que ces deux formes de deuil auraient en commun se rapporte à:

  • Des difficultés psychologiques, des troubles mentaux ou deuil compliqué
  • Les problèmes potentiellement déclenchés ou aggravés par le décès d’un proche tels que des difficultés psychologiques, des troubles mentaux ou un deuil compliqué ne seraient pas plus marqués chez les personnes endeuillées par suicide (Clark, 2001).

  • La personne endeuillée
  • On trouverait plus de différences entre les endeuillés en fonction du lien avec la personne décédée (ex. parent, enfant, ami) qu’en fonction de la cause du décès (Clark, 2001). De plus, les difficultés connues par les endeuillés proviendraient autant de leurs caractéristiques personnelles que du type de deuil vécu (Séguin, 2000). Les personnes déjà fragiles avant le deuil seraient plus à risque (ex.: présence de pertes précoces, difficultés d’attachement, histoire de psychopathologie personnelle ou familiale, histoire d’abus ou de violence, accumulation d’adversités).

MAIS

La différence entre un deuil par suicide et un deuil par autre cause se ferait par les facteurs uniques liés au suicide. Par exemple, le fait que le décès soit soudain, inattendu et souvent violent provoque des réactions affectives plus importantes, engendre de la culpabilité chez les survivants et peut même déclencher l’expression de sentiments destructeurs, notamment de blâme et de colère. De plus, le décès arrive parfois dans un système déjà stressé par des problèmes où le soutien social est défaillant, ce qui entraîne des situations avec problématiques et stresseurs multiples (Rudestam, 1992).

retour vers le haut

 

» 1.3.4- Quand intervenir ?

Il n’y a pas de consensus quant au meilleur moment pour intervenir, mais certains constats peuvent être faits à partir des résultats de recherche: l’approche de l’intervention rapide s’adresserait plutôt aux symptômes post-traumatiques et semblerait plus appropriée pour les enfants et les adolescents, tandis que l’approche de l’intervention différée s’adresserait aux symptômes de deuil et conviendrait plutôt à ceux ayant atteint une certaine maturité cognitive; les adultes. Il y aurait donc deux approches quant au moment approprié pour faire de la postvention, selon le type de réactions à la suite du suicide: intervenir le plus vite possible pour empêcher l’apparition de symptômes liés au stress ou à la situation de crise, ou intervenir au bout de quelques mois lorsque le deuil ne se résorbe pas naturellement.

  • INTERVENTION RAPIDE - LE PLUS VITE POSSIBLE (réactions de stress ou de crise)
  • Certains affirment qu’il est important d’intervenir vite pour empêcher le développement de trouble de stress post-traumatique (Rank et al., 1997), et même dans les heures qui suivent le suicide lorsque c’est possible (Schneidman, 1981; Leenars & Wenckstern, 1998), afin de diminuer les risques de contagion.

  • INTERVENTION DIFFÉRÉE - APRÈS UN CERTAIN TEMPS (réactions de deuil)
  • Pour d’autres, une intervention très précoce peut bloquer le processus normal de deuil et de reconstruction cognitive des événements, et ainsi en retarder la résolution. Il serait donc plus efficace d’attendre le moment où l’endeuillé est prêt à faire face à ses émotions avant d’intervenir (Westefeld et al., 2000). Cette approche demande toutefois un suivi auprès des endeuillés avec un dépistage régulier, étant donné le risque de ne pas détecter assez tôt une personne développant un deuil compliqué. Ici, le deuil est considéré dans son processus normal et ne doit pas être traité comme un trouble mental. Une fois le choc passé, le processus de deuil est un processus d’adaptation par lequel l’endeuillé doit passer (Hanus, 2004). Ce type d’intervention ne devrait toutefois pas s’appliquer à tous les publics d’endeuillés, plus particulièrement les adolescents et les enfants.

retour vers le haut

Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008