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6. La postvention
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Efficacité des stratégies de postvention

» » 3.4- Efficacité - Groupes de soutien (auprès de groupes d’endeuillés spécifiques)

Sur la base des données de recherche, la postvention auprès de groupes d’endeuillés spécifiques a été classifiée STRATÉGIE INCERTAINE , puisque les preuves et évidences actuelles ne permettent pas de se prononcer sur son efficacité; les devis de recherche ne sont pas suffisamment rigoureux et les résultats d’études sont parfois contradictoires. Cette stratégie nécessite des informations supplémentaires.

Quatre études ont porté sur l’évaluation d’activités de postvention avec des groupes spécifiques restreints dont trois avec des adultes (enfants [majeurs], parents, fratrie, époux/se) et une avec des enfants (mineurs). Pour l’ensemble des programmes, l’intervention consistait en des rencontres de 8 à 10 sessions d’environ une heure et demie à deux heures par semaine. Les résultats sont toutefois divergents d’une étude à l’autre. La première étude (Rogers et al., 1982) a démontré que les endeuillés (parents, enfants) ont bénéficié de l’intervention animée par deux bénévoles, tel que l’a révélé le degré de satisfaction de participation au programme et par la diminution de l’intensité des symptômes psychosomatiques environ de quatre à six semaines après la fin de l’intervention. Cependant, le fait que cette étude n’a utilisé aucun groupe témoin (sans intervention) ne permet pas d’attribuer les résultats positifs au programme.

La deuxième étude (Farberow, 1992) montre que le groupe de soutien aide à diminuer le nombre de sentiments négatifs et à mieux vivre le deuil à court terme seulement (à la fin du programme), puisqu’il n’y a aucune différence à moyen terme (deux mois après la fin du programme) avec le groupe témoin. On dénote cependant un effet pervers du programme: les participants au groupe ont vu diminuer leurs sentiments de honte et de culpabilité tout en augmentant la tristesse et la dépression. Des informations importantes sur la manière dont l’étude a été menée ne sont toutefois pas accessibles, par exemple la description de l’instrument de mesure et de sa validité, ce qui atténue la portée de ces résultats. De plus, le fait que le groupe de soutien était composé de participants de groupes d’âge très disparates (de 10 ans à plus de 60 ans) porte à réflexion sur l’efficacité d’une telle stratégie auprès des personnes de tous âges simultanément, de même que celui de considérer dans un même groupe ceux qui sont endeuillés depuis moins de trois mois et ceux qui le sont depuis plus de deux ans.

La troisième étude (Constantino et al., 2001) démontre que le fait d’avoir été dans un des deux groupes d’intervention (psychothérapie de groupe ou groupe de socialisation) diminue le degré de dépression et de détresse psychologique, tout en augmentant le niveau d’ajustement social des veufs/veuves. Cette conclusion est donc différente de l’étude précédente qui démontrait que la dépression était plus élevée après l’intervention qu’avant. Malgré ce résultat encourageant, aucune différence n’a été décelée entre les deux types de thérapie, tandis que les chercheurs s’attendaient à obtenir plus d’effets avec la psychothérapie de groupe qui était basée sur 12 facteurs thérapeutiques (voir l’approche de Yalom [1995]) comparativement au groupe de socialisation qui était moins structuré (voir l’approche de Iso-Ahola [1980] et Neulinger [1981]) et visait plutôt le soutien social et les loisirs. Selon les auteurs, peut-être que le seul fait de faire partie d’un groupe de soutien et de rencontrer d’autres gens endeuillés par suicide serait en soi bénéfique. L’utilisation d’un groupe témoin (sans intervention) aurait toutefois permis de tirer des conclusions quant à la généralisation de ces résultats à d’autres groupes, il faut donc demeurer prudents. Tout comme l’étude précédente, les groupes étaient très hétérogènes, c’est-à-dire composés d’endeuillés de diverses tranches d’âge (24 à 70 ans), et dont la durée de veuvage varie entre un mois et deux ans.

La dernière étude (Pfeffer et al., 2002) a été effectuée auprès d’enfants endeuillés par suicide (parents ou fratrie) et offrent les résultats les plus prometteurs. Les groupes étaient composés de deux à cinq enfants dont le niveau développemental était similaire (6 à 9 ans, 10 à 12 ans, 13 à 15 ans). La participation au groupe a révélé une diminution des symptômes d’anxiété et de dépression comparativement à ceux qui n’ont pas participé à l’intervention. Toutefois, étant donné le nombre peu élevé de participants et l’urgence de l’intervention, il n’a pas été possible de faire un classement aléatoire des participants dans le groupe intervention ou témoin. On ne peut donc assumer que ces groupes sont comparables. De plus, dans le groupe témoin, 75 % des participants ont abandonné l’étude en cours de route. La portée de ces résultats en est donc réduite; il n’est pas possible d’affirmer hors de tout doute que les effets positifs obtenus sont dus à l’intervention.


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» 3.4.1- Quel est le meilleur candidat pour animer des groupes de soutien auprès d’endeuillés?

Dans la littérature, seule la stratégie des groupes de soutien auprès d’endeuillés a abordé cette question et il n’est pas possible de donner un avis solide étant donné les lacunes méthodologiques importantes des études antérieures. Dans celles-ci, ces programmes de postvention étaient soit administrés par des bénévoles ayant perdu ou non un proche par suicide, soit par des professionnels, soit une combinaison des deux. Toutefois, selon Farberow (1992), les interventions de groupes d’endeuillés spécifiques tireraient davantage profit d’une équipe d’animateurs combinant un professionnel et une personne-ressource qui a vécu un deuil par suicide. Cette dernière jouant un important rôle de soutien-modèle, parce qu’elle a vécu la même chose et s’en est bien sortie. C’est généralement envers celle-ci que les gens se tournent pour obtenir du soutien émotif, tandis qu’ils vont plutôt vers le professionnel lorsqu’il s’agit d’un besoin d’information ou d’être sécurisé. Dans les cas d’idéations suicidaires et de dépression sévère, le professionnel possède l’autorité et les compétences nécessaires pour gérer la situation.

Pour l’animation des autres interventions de postvention, bien qu’il n’y ait pas d’indications spécifiques dans la recherche, Séguin et al (2004) recommandent des ressources formées en intervention de crise suicidaire et en postvention dans chaque milieu et que toutes les personnes concernées (par exemple, les enseignants) reçoivent l’information et la formation appropriée en lien avec le rôle qu’on leur demande de jouer (référer à la section 4.2, p.68, dans le document de Séguin et al., 2004).

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» 3.4.2- Y a-t-il des spécificités à certains groupes cibles?

Jusqu’à maintenant, il y a très peu de données de recherche sur la différenciation du processus de deuil et la manière d’intervenir à la suite du décès par suicide d’un proche, selon l’âge ou le genre de l’endeuillé. De telles informations ont seulement été vérifiées dans le cadre des groupes témoins.

Âge

Une étude a noté qu’il y aurait une différence dans la persistance des symptômes de dépression et d’anxiété chez les enfants et les adolescents: les jeunes enfants (6 ans) et jeunes adolescents (14 ans) seraient plus à risque que les enfants d’âge intermédiaire (11 ans) (Pfeffer et al., 2002). Ce résultat suggère que les enfants et adolescents aborderaient le deuil de manière différente, et pas nécessairement de façon graduelle, c’est-à-dire que les jeunes enfants et les jeunes adolescents vivraient leur deuil plus difficilement que les enfants d’âge moyen, ce dont l’intervention devrait tenir compte. D’autres études sont toutefois nécessaires pour s’assurer de la valeur de ce résultat et pour mieux comprendre comment répondre aux besoins et aux particularités des enfants et adolescents.

Genre

Une seule étude a vérifié la présence de différences de réactions et de symptômes selon le genre après un deuil par suicide (Poijula et al., 2001). Aucune différence n’a été décelée entre les garçons et les filles relativement aux symptômes développés à la suite d’un tel événement, et ce, contrairement aux études portant sur le stress post-traumatique qui démontraient que les femmes sont plus à risque de développer un TSPT à la suite d’un événement traumatique. D’autres études sont toutefois nécessaires, afin de mieux comprendre les différences sexuelles et ainsi mieux intervenir.

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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008