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6. La postvention
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Efficacité des stratégies de postvention

» » 3.5- Efficacité - Intervention en milieu scolaire

Sur la base des données de recherche, la postvention en milieu scolaire a été classifiée STRATÉGIE INCERTAINE , puisque les preuves et évidences actuelles ne permettent pas de se prononcer sur son efficacité. Cette stratégie nécessite donc des informations supplémentaires.

Deux études seulement ont été effectuées pour vérifier l’efficacité de la postvention dans les écoles. La première (Hazell & Lewin, 1993) ne démontre aucune différence huit mois après l’intervention entre le groupe (13 à 15 ans) qui a obtenu du counselling à la suite du suicide d’un pair et ceux qui n’ont pas reçu d’intervention (13 à 16 ans), sur une série de mesures telles que les idéations et comportements suicidaires, la consommation de drogue ou autres substances, la présence de troubles internalisés ou externalisés. Le chercheur conclut qu’il n’y a pas eu de dommage apparent causé par l’intervention, mais qu’il est préoccupant qu’aucun bénéfice n’ait été observé. Le fait que l’intervention ne durait que 90 minutes pourrait toutefois expliquer l’absence d’effet du programme sur l’ensemble des objectifs visés par celui-ci.

La deuxième étude (Poijula et al., 2001) démontre quant à elle un effet positif du programme auprès d’étudiants de 14 à 17 ans sur des mesures liées à des symptômes de stress post-traumatique et de gravité du deuil, et ce, après le suicide de cinq jeunes dans trois écoles. Les interventions n’étaient toutefois pas similaires, allant de la réunion de classe animée par l’enseignant (une heure) au débriefing par un professionnel (une heure ou deux heures), de deux jours à une semaine après le suicide de l’étudiant. Le fait que cette étude n’a utilisé aucun groupe témoin (sans intervention) ne permet pas d’attribuer les résultats positifs au programme.

Un article toutefois rapporte un cas particulier de postvention dans une école auprès de jeunes de 12-13 ans qui a eu des effets négatifs (Callahan, 1996). Peu de temps après le programme, ils ont observé une augmentation des idéations et tentatives suicidaires et concluent que les activités de postvention peuvent contribuer à développer une vision romantique du suicide et à la glorification d’un décès par suicide chez les adolescents. Il s’agit d’un cas isolé, ce qui ne peut être généralisé à l’ensemble des programmes en milieu scolaire. Mais étant donné les risques encourus d’imitation, certaines précautions sont à prévoir


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» 3.5.1- Quoi faire pour diminuer le risque potentiel d’effets négatifs d’un programme de postvention en milieu scolaire?

Afin d’éviter ou, à tout le moins, pour diminuer le risque de contagion du suicide, certaines stratégies sont proposées par des chercheurs ou experts dans le domaine (tiré de Callahan, 1996). Toutefois, ces informations sont basées sur des expériences cliniques et/ou travaux de recherche. Elles vous sont donc présentées à titre indicatif, sur le plan de leur validité apparente, puisqu'elles n'ont pas encore fait l'objet de vérifications empiriques.

  • Mettre l’emphase sur le lien entre la psychopathologie (ex.: dépression) chez le jeune et le fait qu’il s’enlève la vie aurait pour effet de démystifier le suicide et de décourager l’identification des endeuillés avec la personne qui s’est suicidée.
  • La mort ne doit pas être glorifiée, dramatisée ou traitée avec sensationnalisme, ce qui peut se passer lorsque les personnes en autorité parlent du défunt de manière très positive, lui donnent beaucoup d’attention ou lorsque ceux-ci ne recadrent pas les jeunes qui tendent à voir le défunt comme un « héros-martyre ». Il faut donc éviter le côté « tragédie romantique » du suicide.
  • Faire attention de ne pas glorifier le suicide par des rites particuliers ou des cérémonies commémoratives auxquelles les personnes décédées d’autres causes n’ont pas eu droit.
  • Une évaluation des personnes à risque de suicide par un professionnel doit avoir lieu (préférablement en dehors des heures de cours, pour limiter l’absentéisme).
  • La possibilité de gains secondaires (ex.: donner des sessions particulières aux personnes qui en ressentent le besoin, pendant les heures de cours, évitant ainsi certains travaux scolaires) doit être identifiée et supprimée. Faire participer les professeurs à la gestion du dossier des élèves pour qu’ils sachent mieux quel élève a vraiment un problème et ainsi répondre de façon plus appropriée.
  • Faire un traitement complet de toute idéation sérieuse exprimée (participation des parents, diagnostic par l’hôpital) pour montrer que l’expression de pensées suicidaires sérieuses est toujours prise au sérieux et traitée. Ceci permet de limiter les comportements suicidaires impulsifs (même si l’effet est à court terme).
  • Rapporter toute idéation même mineure aux parents, pour démystifier les paroles du jeune.
  • Mettre une limite précise à la durée de chaque rencontre individuelle avec les jeunes, pour les aider à se calmer et à se concentrer sur les cours, plutôt que sur le chagrin.
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» 3.5.2- Quelles sont les conditions de succès d’un programme de postvention en milieu scolaire ? (extrait tiré de Séguin et al., 2004)

Les informations qui suivent sont basées sur des expériences cliniques et/ou travaux de recherche. Elles vous sont donc présentées à titre indicatif, sur le plan de leur validité apparente, puisqu'elles n’ont pas encore fait l’objet de vérifications empiriques.

Dans un premier temps, il est essentiel d’organiser le milieu afin que le programme de postvention puisse prendre place. À cette fin, certaines conditions sont considérées indispensables à l’implantation, à l’application et au maintien du programme, tandis que d’autres agissent comme facilitateurs:

Les conditions de succès indispensables
  • L’appui et l’engagement de la direction;
  • La disponibilité des ressources;
  • La présence de personnel formé dans l’institution scolaire;
  • L’allocation de ressources humaines, matérielles et financières;
  • La connaissance par le personnel scolaire de l’existence du protocole et de leur rôle;
  • Le respect de l’ensemble des phases d’implantation;
  • La collaboration des organismes du milieu.

Dans un deuxième temps, lorsqu’un suicide survient, il est nécessaire d’offrir les bonnes interventions, aux bonnes personnes, aux bons moments. Pour ce faire, différentes étapes doivent être respectées.

Analyser la situation évaluation exhaustive de l’impact du suicide, des particularités du milieu, des caractéristiques des individus qui s’y trouvent et particulièrement de ceux qui risquent d’être les plus touchés.
Choix des interventions À partir de l’analyse de la situation et de l’identification des types de réaction des différentes personnes et/ou groupes touchés, des décisions peuvent être prises sur les stratégies de postvention à adopter.
Réalisation des interventions Se référer au tableau 4 (p. 16) dans le document de Séguin et al. (2004)
Bilan des interventions Faire régulièrement le point sur les interventions pour s’assurer de leur adéquation et de la présence d’effets positifs voulus, ce qui suppose de réévaluer la situation et de modifier les interventions au besoin.

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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008