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7. Suicides en grappes
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Les grappes de masse

» » 3.4- Comment explique-t-on le phénomène des suicides en grappes de masse?

Dans la littérature scientifique, on utilise principalement deux explications (hypothèses) pour comprendre le phénomène des suicides en grappe reliés aux médias de masse.

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» 3.4.1- Hypothèse de l'imitation

L’hypothèse de l’imitation, à la laquelle plusieurs chercheurs ont fait appel pour rendre compte du lien observé entre le traitement médiatique d’histoires de suicide et la hausse des comportements suicidaires dans la population, tire sont origine de la théorie de l’apprentissage social de Albert Bandura (1977) . Cette théorie soutient que l’observation d’un comportement chez un modèle peut favoriser, sous certaines conditions, l’imitation (ou en d’autres termes la reproduction) du même comportement chez celui qui observe le modèle.

Donc selon l'hypothèse de l'imitation, une personne, qui est exposée via les médias au geste suicidaire d’un individu, peut être susceptible de copier le même geste suicidaire.

Données empiriques appuyant l'hypothèse de l'imitation :

Pour :
Les résultats de quatre études (Ashton & Donnan, 1979; Fekete & Macsai, 1990; Schmidtke & Häfner, 1988; Tousignant et al., 2005) viennent confirmer en partie l’hypothèse de l’imitation, en raison de la nature indirectes des preuves fournies. Ces études indiquent que dans certains cas de suicide observés subséquemment au traitement dans les médias d’une histoire de suicide, les personnes ont employé le même moyen pour mettre fin à leurs jours que celui utilisé par la victime présentée dans l’histoire. Une présentation détaillée des résultats des quatre études citées est faite dans le Tableau C.

Contre :  
Les résultats de la méta-analyse de Stack (2005) conduites sur les 419 observations de 55 études quantitatives portant sur l’effet du traitement médiatique de cas réels de suicide ne supportent pas l’hypothèse d’imitation. Selon Stack (2005), 64.5% des observations infirment l’hypothèse. Par exemple, l'étude de Martin et Koo (1997), examinée dans cette méta-analyse n'a pas montré d'effet d'imitation de la méthode utilisée par le chanteur Kurt Cobain lors de son suicide.

Donc :
Cette hypothèse n'est que très partiellement validée.

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» 3.4.2- Hypothèse de l'amorçage

L’hypothèse de l’amorçage peut être considérée comme une explication alternative à celle de l’imitation, et elle a été proposée par Leonard Berkowitz (1984), chercheur réputé dans le domaine de l’étude de l’effet de la violence médiatisée sur la pensée et les émotions des auditoires, et sur la question de l’agression humaine. Dans son modèle, Berkowitz postule que la présentation de suicides dans les médias peut amorcer (ou activer) chez l’auditoire des souvenirs, sentiments et tendances comportementales reliées au suicide issus d’expériences de vie passée et de sa connaissance du monde. Cet amorçage expliquerait l'augmentation proximale dans le temps de gestes suicidaires dans une population suite à la présentation d'un suicide dans les médias (Berkowitz, 1984).

Donc, selon l'hypothèse de l'amorçage, la présentation dans les médias d’un geste suicidaire peut déclencher chez une personne une tendance suicidaire latente.

Données empiriques appuyant l'hypothèse de l'amorçage :

Dans le contexte précis du phénomène suicidaire, l’hypothèse de l’amorçage n’a jamais été vérifiée ou testée. Néanmoins, plusieurs recherches sur l’effet d’amorçage de la violence présentée à l’écran appuient les propositions théoriques de Berkowitz (Bushman & Green, 1990; Bushman, 1999; Josephson, 1987), en indiquant que les participants de ces études exposés à un contenu médiatique à caractère violent rapportent plus de pensées, d’émotions, et d’intentions comportementales à connotations violentes que les autres participants exposés à un contenu médiatique neutre.

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» 3.4.3- Hypothèse de la vulnérabilité préalable

Selon cette hypothèse, certaines personnes seraient plus à risque de poser un geste suicidaire en conséquence du traitement dans les médias d’une histoire de suicide, et ce, en raison de vulnérabilités préalables. Ces personnes posséderaient une ou plusieurs caractéristiques personnelles (ou vulnérabilités) les rendant plus vulnérables à l’ « effet Werther ».

Données empiriques appuyant l'hypothèse de la vulnérabilité préalable :

L’état des connaissances actuelles sur les caractéristiques des personnes ayant complété un suicide suite à un effet des médias est très limité. Peu de recherches ont examiné cette question, et les résultats mitigés  ne permettent pas encore de valider cette hypothèse (Gould, 2001).

Cependant, en ce qui concerne les caractéristiques individuelles des personnes s'étant suicidées dans le cadre d'une grappe de masse, il ressort que :

  • les jeunes (10 à 34 ans) semblent moins susceptibles d'être affectés par le traitement médiatique d'un suicide réel que la population générale (Stack, 2005).
  • les femmes semblent environ cinq fois (4.89) plus susceptibles que les hommes de poser un geste suicidaire en lien avec le traitement médiatique d’un cas réel de suicide (Stack, 2005).
  • les personnes ayant fait une tentative de suicide dans le passé semblent plus vulnérables à poser un geste suicidaire en conséquence de la présentation dans les médias d’une histoire de suicide (Zahl et al., 2004, Cheng et al., 2007).
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Copyright CRISE 2008, dernière mise à jour: 2 mai 2008